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VB Association pour la reconnaissance du vote blanc

«Un vote blanc, pour moi, en tant que photographe, c'est dire noir sur blanc le refus d'être coincé par des choix imposés.   Il est indispensable que l'on mette à la disposition des électeurs des bulletins de vote blanc et essentiel que ces votes soient comptabilisés et non amalgamés aux votes nuls. Où en est-on avec la démocratie ?   Je souhaite que l'on explique pour quelles raisons l'idée du vote blanc est impraticable. »   Henri Cartier-Bresson Le Monde, 1995

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Prix Crétinerie d'Or

Prix Vote Blanc de la Crétinerie d'Or.
CONCOURS 2017

Le prix honore chaque année des personnalités qui, par la profondeur de leur pensée, la pertinence de leurs remarques, ont réussi à démontrer que le vote blanc n'a pas lieu d'être.
 Voir plus en détails les lauréats et les candidats

Edition 2017

Lauréat collectif. C'est le slogan "Voter blanc, c'est voter Le Pen" de l'entre-deux-tours de la présidentielle.

abstentionlepen.jpg

« S’abstenir ou voter blanc, c’est voter pour Marine Le Pen » Manuel Valls BFM.TV 27 avril 2017
« C'est très grave de voter blanc. » Jean-Pierre Raffarin BFM TV
« S’abstenir ou voter blanc, c’est voter le Pen. » François Bayrou BFM TV 24 avril 2017
« L'abstention ou le vote blanc, c'est un coup de pouce à Mme (Marine) Le Pen », Alain Juppé sur son blog intitulé "Non!".
« Voter ni Macron, ni Le Pen, c’est voter Le Pen » Jean-Christophe Cambadelis 27 avril 2017

Non Messieurs, voter blanc, c'est voter en conscience, pour des convictions, ici contraires autant à celles de Marine Le Pen qu'à celles d'Emmanuel Macron. Pointer du doigt des électeurs en caricaturant leur vote c'est rendre un mauvais service et accélérer le processus que l'on dit combattre.

 

Edition 2016
(pas de prix décerné)

Edition 2015

Le vainqueur est:

LE GROUPE EELV A L'ASSEMBLEE


Même les écologistes, face à des intérêts à court terme -entrer au gouvernement - s'assoient sur leurs convictions:

AVANT: «Nous, élus écologistes, nous continuerons à œuvrer pour la reconnaissance pleine et entière du vote blanc, comme je l’ai déjà dit en commission. » Sergio Coronado (EELV), jeudi 28 novembre 2013, Assemblée nationale.

AUJOURD'HUI: « Certes, les bulletins blancs ne sont toujours pas intégrés aux suffrages exprimés, mais ils sont désormais comptabilisés et communiqués séparément des bulletins nuls lors de la proclamation des résultats.» Proposition de loi du groupe écologiste à l’Assemblée, mars 2015

La réforme électorale du 21 février 2014, jugée très insuffisante par les écologistes pendant les débats au parlement, est considérée suffisante aujourd'hui (!!!).

 

VAINQUEUR 2014

«Si le menu de la cantine ne te plaît pas, passe de l’autre côté du zinc et cuisine toi-même! Et si tu ne veux pas accepter de prendre des responsabilités, milite pour le système politique le plus exigeant du monde: l’anarchie.» Charb, Charlie Hebdo, 13 décembre 2013.


Voir les autres candidats de l'édition 2014

Lauréat de l'édition 2013:

Pour la première fois, l'Association remet un prix à un collectif. L'UDI a amplement mérité le titre 2013 suite à sa magistrale initiative parlementaire, préparée de longue date et criante de cohérence. Lire le détail de cette candidature.

Lauréat de l'édition 2012: «En tout état de cause, même s'il y avait 40 millions  de votes blancs, il faudrait bien que quelqu'un soit élu.» Guy Carcassonne, constitutionnaliste vénéré, France-Info, 8 mai 2012. 39 999 999 bulletins blancs, un vote X: c'est X qui est élu !!!

Lauréat de l'édition 2011: «Ceux qui souhaitent comptabiliser les bulletins blancs ont une idée derrière la tête : démolir la république et l'Etat, mais sans dire au profit de qui ou de quoi.... » Michel Charasse, clown politique que l'on ne présente plus, La Montagne.fr, 19 août 2011.

Le vote blanc en 2017

Présidentielle

1er tour: 0 944 733 (2,55%)

2nd tour: 4 085 724 (11,52%)


Législatives

1er tour: 0 513 344 (2,21%)
2nd tour: 1 988 549 (9,86%)
 

Rappel

Présidentielle (2012)

1er tour : 0 701 190 (1,92%)

2nd tour: 2 154 956 (5,82%)

Présidentielle (2007)

1er tour: 0 534 846 (1,44%)

2è tour: 1 568 426 (4,20%)

 

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Le vote blanc en deuil
IL N’A PAS VOULU VOIR CA

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Le 27 février 2013, Henri Caillavet est mort, âgé de 99 ans. Le 28, les socialistes et les centristes se ridiculisaient au sénat en se glorifiant de prendre la mesure électorale la plus inepte, le vote blanc séparé des bulletins nuls mais toujours censuré et toujours invisible dans les bureaux de vote, le citoyen étant encore, pour ces élus, un être mineur, inapte à l’indépendance.

Le sénateur radical socialiste Caillavet, lui, en 1980, avait déposé la proposition de loi la plus complète sur le vote blanc.
Lire les propositions de loi

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Entre la probabilité de l’élection d’une femme à la fonction présidentielle et le réaménagement de la loi sur la Parité, il est intéressant de voir les similitudes dans le refus passé du vote des femmes et le rejet actuel du vote blanc.

 

Hostilité au droit de vote des femmes

et opposition au vote blanc : comparaison.

Éventail « Je désire voter »

    · L'opération de « vote blanc » féminin organisée par le « Journal » lors des deux tours des élections législatives au printemps 1914 recueillit au total 505 972 voix.

          (Bibliothèque Marguerite Durand)

 

De mentalités d’avant-guerre en mentalités d’arrière garde

 

Dire qu’il y eut des gens, des hommes politiques, des gouvernants, qui s’opposèrent au droit de vote des femmes. Dire qu’il y a des gens, des hommes politiques, des gouvernants, qui refusent la prise en compte des bulletins blancs. Jusqu’en 1944, des parlementaires se demandaient toujours si la Femme avait une âme. Aujourd’hui encore des responsables de l’Etat croient que l’acte électoral est à leur service et doit dire avant tout ce qui leur convient.

 

La France a longtemps été à la traîne dans le mouvement du progrès démocratique en refusant d’accorder aux femmes le droit de vote. Les femmes du Wyoming vivaient cette évolution naturelle depuis presque 80 ans ; des pays considérés « arriérés » tels que l’Inde, la Turquie ou les Philippines s’y étaient déjà convertis depuis plusieurs années quand la France décida, le 21 avril 1944, d’abandonner son exception culturelle. Lorsque l’on relit les arguments hostiles au vote des femmes, avancés sous la IIIè République, il n’y a pas si longtemps, on se demande comment de tels motifs, aussi rétrogrades, ont pu retarder l’échéance. Aucun homme politique actuel ne les défendrait. Pourtant ils vivent encore, appliqués à d’autres sujets ; le vote blanc notamment. Et là encore ils suffisent à repousser sans cesse des mesures qui permettraient d’améliorer la vie démocratique du pays. Les gouvernants qui se succèdent se blottissent derrière eux pour ne pas avoir à décider, à agir. Ces arguments sont toujours aussi ridicules, mais le ridicule ne tue pas, la preuve en est.

 

Le poids des ans – voire des siècles -, la tradition – ancestrale ou pas -, est un ennemi difficile à combattre, souvent implacable. Lors d’un débat parlementaire (Débats au Sénat aux mois de juin et juillet 1932) – le dernier de cette ampleur - le sénateur Duplantier remonte à la loi salique « source de notre ancien droit, comme aussi des principes du droit public moderne. » Quant au droit privé moderne c’est le Code civil qui, rappelle le sénateur Tissier, « fait de l’homme le protecteur et le défenseur de la femme en toutes circonstances ». En cela l’homme peut s’engager dans le combat politique tandis que la femme se confine aux tâches du foyer. Les adversaires du vote blanc pour leur part remontent moins loin puisque le suffrage universel est moins ancien que la femme, mais restent dans la tradition bonapartiste : « la règle selon laquelle les bulletins blancs ne sont pas comptabilisés parmi les suffrages exprimés est traditionnelle dans notre droit électoral. Elle a été pour la première fois codifiée dans l’article 30 du décret règlementaire du 2 février 1852. » Tous oublient que les textes juridiques doivent encadrer l ‘évolution d’une société et non la bloquer. Les membres de l’Assemblée consultative provisoire d’Alger en 1944 n’auront pas trahi la France millénaire en ne tenant plus compte de la loi salique. Les gouvernants actuels ne mettraient pas en péril la République en ne recourant plus à un texte officiel de la dictature bonapartiste.

 

 

Hantises bonapartistes.

 

La France en danger, c’est d’ailleurs un des arguments forts des opposants au suffrage des femmes. Donner le suffrage aux femmes dans la commune ou dans l’Etat, c’est jeter dans la balance électorale un poids énorme qui se portera du côté de la réaction. Pour le sénateur Duplantier, conservateur, ce sont les mœurs dans leur ensemble qui pâtiraient de la participation des femmes à l’acte électoral : « Si l’on considère l’état actuel du monde (en 1932), on constate que, dans la crise qui sévit sur l’univers entier, ce sont les pays où n’existe pas le suffrage des femmes, comme la France et la Suisse, qui ont le mieux résisté, et que par contre, c’est dans ceux où le suffrage des femmes fonctionne et fait la loi, comme l’Allemagne, l’Angleterre et l’Amérique, que la situation est la plus mauvaise. » Le sénateur Tissier, lui, est républicain et ne peut accepter un tel catastrophisme. Il rétorque que ce sont les femmes qui ont imposé la prohibition en Amérique. Mais une spécificité française veut que la femme soit une « espèce de mineure ». Et pour cette raison elle n’a jamais été en communion d’idées avec la majorité masculine sur les bases mêmes du régime républicain. « Tout ce qu’a fait la République au point de l’éducation des hommes, tout ce qu’a pu faire notre école laïque, tout ce qu’on a pu faire depuis 1870 en particulier, s’éteindra et s’effacera sous l’effort du bulletin de vote féminin. (…) Si la femme avait le droit de vote, vous verriez immédiatement une levée de tout le clergé en France. » Les bienfaits de la séparation des Eglises et de l’Etat seraient anéantis.

 

Le vote blanc serait lui aussi anti-républicain. Non pas qu’il favoriserait les forces cléricales mais il donnerait la parole à des citoyens aigris, rétrogrades et donc déstabilisateurs. « En cas de référendum, un projet est adopté à la majorité des suffrages exprimés. Il ne pourrait donc en être ainsi que si le nombre des bulletins ‘oui’ était supérieur au nombre des bulletins ‘non’ et ‘blancs’ réunis (…) Voter blanc reviendrait ainsi à voter ‘non’. » Comme les référendums relèvent essentiellement de l’initiative présidentielle ou gouvernementale et que leur but est d’entraîner l’assentiment du corps électoral à l’égard du thème présenté, le pouvoir est toujours favorable au ‘oui’. Le vote blanc faisait le jeu du ‘non’, il est antirépublicain. « La prise en compte du vote blanc conduirait à la formation de majorités négatives, c’est-à-dire de majorités de rejet. » Si le vote blanc était inclus dans les suffrages exprimés verrions-nous une levée de toute l’extrême droite en France ?

 

Les femmes ont voté et les prêtres sont restés dans les églises. Le vote blanc reconnu ne fera pas entrer les fascistes à l’Elysée. Parce que si lors d’un référendum le ‘non’ l’emportait de justesse, la prise en compte de bulletins blancs pourrait l’empêcher d’obtenir la majorité absolue. Voter blanc reviendrait ainsi à voter ‘oui’. Le vote blanc défend une idée, différente suivant l’électeur, et ne favorise a priori aucun autre participant. Il peut être une force de proposition si les gouvernants se donnent la peine d’y prêter attention.

Mais comment nos institutions pourraient-elles résister à ces masses qui s’annoncent ? D’après le recensement de 1926, il y a 17 800 000 hommes et 19 800 000 femmes, « exactement 2 millions de plus de femmes que d’hommes » a compté le sénateur Duplantier, de 16 000 à 18 000, « soit l’importance d’une ville comme Quimper ou Mâcon ».) appelées à donner leur opinion lors des prochaines élections ! A cause du vote blanc, « on peut se trouver dans une impasse juridique, dans l’hypothèse où le nombre des bulletins blancs représenterait la majorité absolue des suffrages au premier tour ou leur majorité relative au second. Aucun candidat ne pourrait en effet alors être proclamé, si bien qu’on ne pourrait que constater la vacance du ou des sièges à pourvoir, avec la perspective d’une élection partielle pour la combler. » Une déferlante (plus de 50%) de râleurs s’abattrait, telles des sauterelles, sur nos institutions ; lesquelles s’attendent déjà à une invasion d’émigrés dès que l’Administration sera moins attentive aux frontières.

 

Les femmes ont voté à partir de 1945 et l’herbe a repoussé à chaque fois malgré tout. Les Huns ‘blancs’ seraient-ils plus dangereux.

*

*

Négation de l’individu

 

Le second argument de base avancé pour s’opposer au vote des femmes se réfère à la nature de la représentation. Quelle est la clé de voûte de la démocratie, le citoyen ou son représentant ? Si on retient le premier, chacun devant être l’égal de l’autre même, et surtout, dans ses prérogatives électorales, il ne faut exclure personne. Dans la seconde hypothèse c’est la nation qui détermine le corps électoral. La société extrait un échantillon parmi les citoyens les plus méritants et cela suffit. L’acte électoral n’est plus un droit mais une fonction. Le sénateur Duplantier a choisi la seconde version : « La question est de savoir si la qualité d’électeur est inhérente à tous les membres du corps social, de la société, sans aucune distinction entre eux, ou si, au contraire, c’est une fonction publique, dont certains, soit à raison de leur sexe ou de leur âge, sont chargés en vue de l’intérêt général.

(…) Donc, si le suffrage universel n’est pas un droit individuel mais une fonction sociale ou, mieux, une fonction politique, la loi électorale doit le réglementeret ne l’accorder qu’à ceux qui lui paraissent les plus dignes de l’exercer au mieux de l’utilité commune et de l’intérêt général… (Or) on a admis, chez nous, que les hommes, par leur nature même et par l’effet d’une longue tradition, étaient plus aptes et mieux préparés que les femmes à exercer cette fonction publique. »

Suivant cette logique, la fonction électorale a pour mission première de départager des candidats en lice. Le plus important c’est l’attribution du mandat et non l’état d’âme de l’électeur. Il faut donc que l’on obtienne un vainqueur coûte que coûte, qui plus est auréolé d’une majorité absolue pour le chef suprême depuis la Vè République. « Le scrutin a pour finalité d’arrêter une désignation (cas de l ‘élection) ou une décision (cas du référendum) dans un contexte politique donné. Et, pour parvenir à ce résultat, on recherche la constitution de majorités positives, c’est à dire de majorités constructives qui se constituent pour un homme, une liste, ou pour un projet. » Les bulletins blancs eux, on l’a déjà vu, conduisent selon cette définition à la formation de majorités négatives. Ils ne sont pas retenus par la société lors des résultats comme les femmes n’étaient pas appelées dans les bureaux de vote avant 1944 parce qu’ils ne sont pas « universellement corrects ». Pour les femmes, le sénateur Calmel reconnaissait volontiers en 1932 que certaines étaient instruites et pouvaient donc émettre des votes raisonnables mais leurs votes seraient noyés dans les votes innombrables de femmes complètement ignorantes. On retrouve ce dénigrement à l’égard des bulletins nuls, considérés comme l’expression « d’individus inadaptés ou diminués », auxquels sont mêlés les bulletins blancs.

Les responsables politiques de 1944 ont opté pour un vrai suffrage universel où chaque citoyen adulte est à égalité et ont préféré abandonner le suffrage censitaire déguisé prôné par les sénateurs de la IIIè République. De par leur décision ils ont déclaré que l’acte électoral est un droit individuel. L’élection est l’expression de la volonté de chaque électeur. Il ne reste plus, pour que le système soit cohérent jusqu’au bout, qu’à supprimer la ségrégation instaurée entre les bulletins désignant un candidat et les autres. L’égalité politique ne doit pas achopper à l’étape du dépouillement.

 

Victimes consentantes

 

Mais ne viole-t-on pas la liberté de conscience des citoyens en élargissant leurs droits civiques ? La classe politique en est persuadée avant 1944 au sujet des femmes et les gouvernants de la Vè République l’affirment quand ils entendent parler de vote blanc.

 

Les femmes ne veulent pas voter assure le sénateur Duplantier. Leur donner le droit de vote serait aller contre leur gré. « Il y a près de 20 millions de femmes en France. Je prétends qu’il n’y en pas en tout 100 000 qui réclament le suffrage. » Pire, la vie politique étant une succession de combats sans merci, de coups bas, lancer les femmes dans cette mêlée serait leur faire perdre leur dignité. Un sénateur se réfère à un ancien, Jules Simon : « Elles sont nos supérieures, veulent-elles devenir nos égales ?» La démagogie est toujours imparable.

 

Les électeurs qui choisissent un bulletin blanc n’arrivent pas à trancher entre les candidats en présence mais, d’esprit civique développé, ils tiennent à marquer leur présence et donc leur adhésion à la République en participant effectivement à l’élection. Prendre en compte leur suffrage serait contrevenir à leur volonté de neutralité. Il faut donc les remercier mais les laisser dans leur no man’s land. Les gouvernants de la Vè République aiment à se complaire dans ce conte de fée. Ils se donnent ainsi le rôle des protecteurs de l’intégrité civique et fantasment sur une harmonie républicaine sans tâche. « La personne qui prendra soin de confectionner elle-même (…) son bulletin pour l’insérer ensuite dans l’enveloppe électorale manifeste le scrupule d’accomplir exactement son devoir électoral en même temps que le souci de n’avantager aucun des candidats ou aucune des listes en présence. Qu’en serait-il de cette volonté de neutralité si les bulletins blancs étaient comptabilisés parmi les suffrages exprimés ? » Ils s’imaginent sûrement évoluer dans un phalanstère que n’aurait pas renié Charles Fourier et s’étonnent par la suite que la population leur reproche d’être coupés de la réalité. En effet, dans les enquêtes universitaires sur les motivations d’électeurs on ne trouve jamais chez ceux qui ont eu voté blanc une telle explication. A chaque fois s’exprime plutôt un mécontentement et un désir de le faire entendre.

 

Depuis 1944, s’il y a eu des femmes abstentionnistes, aucun mouvement féminin n’a demandé un retour en arrière. Elles se battent même, à juste titre, pour une meilleure représentation dans les institutions politiques. Aucun électeur indécis ou insatisfait ne se plaindrait que l’on ait ouvert le répertoire des opinions en intégrant les bulletins blancs aux suffrages exprimés. D’autant plus que l’Association pour la reconnaissance du vote blanc propose dans un futur article du code électoral la distinction entre bulletins blancs pris en compte (enveloppes vides ou contenant un papier blanc et vierge) pour les contestataires et bulletins non conformes non pris en compte (annotés, déchirés etc.) dans lesquels pourraient se glisser les neutres chers aux responsables gouvernementaux. La France évoluerait sans faire éclater la bulle qui rassure nos gouvernants.

 

Il est facile de rire de ceux que l’on a chargé des décisions et qui manquent régulièrement de clairvoyance. Il ne faut pas nous-même tomber dans l’idyllisme. Le progrès ne doit pas être radieux mais résistant à nos défauts. Le sénateur Louis Tissier qui défend l’idée du vote des femmes en 1932 face à ses collègues arriérés soutient une juste cause qui ne l’empêche pas lui aussi de tomber dans le ridicule. « La femme française se servira surtout de son bulletin de vote ou de son mandat politique pour la protection de la natalité et de l’enfance, pour organiser l’hygiène et la fréquentation scolaire, pour la formation professionnelle et le développement de la lutte contre les fléaux sociaux, la défense et la préservation de la famille. » La réserve d’indiennes est déjà prête dans l’esprit de L. Tissier. Peu importe de savoir pour quoi les femmes voteront et si elles vont bien ou mal voter, les critères seraient indéfinissables ; l’essentiel est qu’elles puissent s’exprimer à l’égal de l’homme, et dire parfois des âneries comme lui. La vertu aurait-elle un sexe ? Nous espérons que non. Certains défenseurs du vote blanc avancent comme argument que le vote blanc reconnu fera baisser le taux d’abstention. Rien n’est moins sûr. Les gouvernants se précipitent sur ce miracle inabouti pour conclure que la prise en compte du vote blanc ne servirait à rien : « … l’avantage que l’on pourrait attendre de la prise en compte du vote blanc paraît particulièrement maigre et incertain : l’incidence d’une telle mesure sur la participation électorale reste en effet à démontrer. » Le vote blanc n’a pas pour fonction d’arranger les comptes des hommes politiques mais de permettre aux élections de mieux refléter la réalité de l’opinion à un moment donné.

 

La Grande guerre avait apporté de l’eau au moulin des défenseurs du vote des femmes. Celles-ci avaient été amenées à prendre en main certaines activités suite au départ des hommes pour le front et avaient démontré qu’elles étaient aussi aptes qu’eux. La France masculine se sentait une dette envers elles. Cela n’a toutefois pas été suffisant quand il s’est agi de leur ouvrir le chemin des urnes. Il faudra que la Seconde guerre mondiale enfonce le clou. En 1944, les hommes ont honte et n’osent plus parler de leur suprématie, de leur rôle protecteur, du danger féminin. Quelles crises politiques graves faudra-t-il attendre pour que l’on comprenne que scléroser l’outil électoral en niant l’expression d’un certain mécontentement est un bras d’honneur fait à la démocratie ?


Date de création : 14.12.2006 @ 23:25
Dernière modification : 28.11.2007 @ 00:42
Catégorie : Pour approfondir - Analyses et prises de position
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Episode 4 : La légitimité de l'élu face au pouvoir à affirmer de l'électeur (Corinne Lepage, Alexandre Malafaye)
Episode 3: Mieux voter, c'est possible. (Michel Balinski, Irène Inchauspé)
Episode 2: Un autre électeur est-il envisageable pour le XXIè siècle ? (Alain Garrigou, Frédéric Lefebvre)
Episode 1: Vivre et voter sur un territoire (Jean Lassalle, Aurélia Troupel, Sylvain Manternach).

 
Le vote blanc en 2017

Présidentielle

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2nd tour: 4 085 724 (11,52%)


Législatives

1er tour: 0 513 344 (2,21%)
2nd tour: 1 988 549 (9,86%)
 

Rappel

Présidentielle (2012)

1er tour : 0 701 190 (1,92%)

2nd tour: 2 154 956 (5,82%)

Présidentielle (2007)

1er tour: 0 534 846 (1,44%)

2è tour: 1 568 426 (4,20%)

 

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Contre le vote obligatoire
« Lorsque les peuples, il y a cinquante ans, élevaient des barricades et renversaient les gouvernements pour obtenir le droit de suffrage, ils auraient cru à une plaisanterie si on leur avait dit que, par un retour imprévu des choses, les souverains voudraient à leur tour mettre à l’amende ou jeter en prison tous ceux qui n’useraient pas du droit conquis ». thèse signée de Francis Sauvage, intitulée De la nature du droit de vote et soutenue en 1903
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Le livre défend la prise en compte comme suffrages exprimés des bulletins blancs. Il démontre que cette évolution est indispensable dans une démocratie qui se veut moderne.
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Comme le volume 1, ce volume défend la prise en compte comme suffrages exprimés des bulletins blancs. Notre république se dit laïque mais c’est une laïcité chrétienne. L’acte électoral est sacralisé et l’électeur profane ne peut y accéder qu’en respectant des formes précises. Le vote blanc qui est une tentative de certains électeurs de s’approprier ce moment démocratique est rejeté parce que sacrilège.
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Bulletins blancs

de Olivier Durand

206 pages
 

 Ce livre prend la suite de celui publié en 1999. Il défend la comptabilisation des bulletins blancs comme des suffrages exprimés. Il présente l'évolution politique en France et ce qui se passe à l'étranger. Présentation

Pour l'acheter


  A QUOI BON ALLER VOTER AUJOURD'HUI ?
Sous la direction de Olivier Durand     préface d'André Gerin

Questions contemporaines

ACTUALITÉ SOCIALE ET POLITIQUE

Le vote utile est devenu une panacée pour les professionnels de la politique. Il faut à tout prix dégager un vainqueur. Et tant pis si l'électeur se sent floué. On commente énormément les résultats électoraux mais on étudie rarement le rôle et les motivations de l'électeur entré dans le bureau de vote. C'est tout l'objectif de ce livre : retrouver l'esprit de l'acte électoral

Préface du livre

Couvertures


 LE VOTE BLANC
Pour un suffrage vraiment universel

Olivier Durand
Préface d'Hervé De Charette

Questions contemporaines

Premier livre sur le vote blanc, cet ouvrage se veut avant tout une synthèse engagée. Il défend sans ambiguïté l'idée qu'il faut aujourd'hui donner plus de poids aux individus à l'occasion des consultations électorales en respectant scrupuleusement leur opinion, et donc en intégrant dans la catégorie des suffrages exprimés les bulletins blancs.

ISBN : 2-7384-7628-7 • 1999 • 240 pagesPrix éditeur : 19,85 €    


  La Lucidité

 de José Saramago

Le livre du Prix Nobel Saramago où le vote blanc est le héros.

Saramago, José : La Lucidité  (Livre) - Livres et BD d'occasion - Achat et vente

Lire notre commentaire du livre


   The probability broach

de L. Neil Smith

 The Probability Broach.jpg

Science fiction américaine publiée en 1980 dans un monde parallèle où le vote blanc (none of the above) va de soi.

Notre analyse du système démocratique présenté dans le roman:


Long résumé du roman: