Pris dans le journal Internet Bendré (11 janvier 2011):
Et si on instituait le vote blanc !
Au Burkina Faso, de façon formelle, le vote n’est pas obligatoire. Mais la conception du bulletin unique ne donne pas beaucoup de possibilités à l’électeur qui se déplace au bureau de vote. Pour l’élection présidentielle du 21 novembre, ou il choisi clairement l’un des 7 candidats qui lui sont proposés ou il opère un choix équivoque auquel cas son vote est considéré nul. N’est-ce pas là une sorte de dictature ? Pourquoi ne pas instituer le vote blanc qui est aussi une forme d’expression du corps électoral et qui peut être une bonne jauge de la vitalité démocratique d’un pays ?
Lors d’une élection, le vote blanc est le fait de ne voter pour aucun des candidats, ou aucune des propositions dans le cas d’un référendum. Il consiste pour un électeur à déposer dans l’urne un bulletin dépourvu de tout nom de candidat ou de toute indication dans le cas d’un référendum. Il diffère de l’abstention dans la mesure où celle-ci consiste en une non participation totale au vote. Voter est non seulement un droit, mais aussi un devoir civique et la loi se doit de permettre à tout électeur, se rendant aux urnes, d’exprimer ce choix. Depuis un certain nombre d’années au Burkina Faso, il apparaît qu’à chaque scrutin, le nombre des abstentionnistes s’accroît. L’exemple nous est encore donné pour cette présidentielle où sur un potentiel électoral d’environ 8 millions de burkinabè, seuls 3,2 millions sont allés s’inscrire. Ce chiffre pourrait encore fondre comme du beurre au soleil si on retranche ceux qui ne disposent pas de la Carte Nationale d’Identité Burkinabè, du passeport ou de la carte militaire, seuls documents exigés par la loi pour voter. C’est dire que le futur président du Faso sera élu par une infime minorité de ses concitoyens. C’est un signe des temps qu’il faut savoir décrypter.
L’abstention a plusieurs raisons. Cependant, elle pourrait être atténuée s’il était permis aux électeurs de s’exprimer à travers un vote protestataire. Il est vrai que le vote protestataire est difficilement mesurable, faute de moyen spécifique de l’exprimer. Mais il n’est pas déraisonnable de penser que plus nombreux seraient ceux, parmi les électeurs mécontents, qui, pour exprimer leur insatisfaction ou leur hostilité à l’offre politique proposée, opteraient en faveur du vote blanc, si celui-ci était pris en compte comme un suffrage exprimé... et non pas assimilé à un vote nul, comme c’est actuellement le cas.
Par le vote blanc, l’électeur exprime son insatisfaction face aux alternatives qui lui sont proposées. Ce n’est donc pas la marque d’un désintérêt ou d’une indifférence à la chose publique puisqu’un tel électeur fait au moins l’effort de se déplacer, le jour du vote, accomplir ainsi son devoir civique et montre qu’il entend participer à la vie démocratique. Pour toutes ces raisons, il importe que le vote blanc, expression de l’opinion d’un citoyen, soit compté parmi les votes exprimés et comptabilisés dans les résultats. Lorsque le chiffre des votes blancs est publié et qu’il est non négligeable, cela peut être considéré comme un appel à susciter de nouvelles candidatures pour les élections suivantes, voire à créer de nouveaux partis politiques, qui chercheraient à capter les voix de cette " réserve de votants ", qui ne se reconnaît ni dans les candidats en présence, ni dans leur programme. Le vote blanc permet de mesurer la légitimité d’un élu : s’il est élu avec peu de bulletins blancs, ses décisions seront peut-être mieux respectées parce qu’il recueille l’assentiment positif des électeurs. Inversement, en cas de forte abstention ou de nombreux votes blancs ou nuls, il est probable que l’élu reflète moins fidèlement la volonté majoritaire et que l’adhésion à ses choix politiques soit moins assurée. Il faudrait trouver un seuil au delà duquel l’élection pourrait être annulée et les candidats révoqués.
Ils sont 07 candidats à l’élection présidentielle. Supposons qu’il y ait un second tour et que les électeurs ne se reconnaissent dans aucun des deux candidats qui auront franchi le seuil du premier tour. Que se passera-t-il ? Selon les dispositions actuelles, ceux-ci seront malgré tout obligés de se choisir un président parmi les deux car il n’y a de vote valide que le " pour " ou " contre ". Le vote blanc est reconnu en France. A l’élection présidentielle de 2007, le vote blanc a triplé entre le premier et le second tour, passant de 534 846 bulletins, soit 1,44% des votants le 22 avril à 1 568 426 bulletins, soit 4,20 % des votants le 6 mai. De nombreux électeurs ont refusé de choisir entre une politique libérale et atlantiste incarnée par Nicolas Sarkozy et une politique de " l’ordre juste " mis à toutes les sauces mais sans contenu réel, incarnée par Ségolène Royal. Evidemment, dans nos démocraties tropicalisées, où les timoniers n’organisent jamais des élections pour les perdre, il ne faut guère se faire d’illusions. L’introduction du vote blanc n’empêchera pas le tripatouillage des élections. C’est une plaie béante à soigner !
Par Isaac Konfé