Texte à méditer :  

VB Association pour la reconnaissance du vote blanc

« Un homme, une voix. L’équation simple s’impose à nous avec la force de l’évidence.
L’égalité devant l’urne électorale est pour nous la condition première de la démocratie,
la forme la plus élémentaire de l’égalité, la base la plus indiscutable du droit. »'

  Pierre Rosanvallon (Le sacre du citoyen)

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En Israël, c’est la gauche, voire l’extrême gauche qui défend le vote blanc. Cela date de 1996. A la veille des élections pour élire le premier ministre prévues cette année là, le pouvoir en place, détenu par Simon Peres, du Parti travailliste, décide d’exclure le vote blanc des suffrages exprimés. Tanya Reinhart s’insurge et écrit un texte pour manifester son indignation face à cette censure ; il est disponible sur internet. Quel est le statut de cette dame, ce texte a-t-il paru dans un journal, difficile de le dire. En revanche, on peut affirmer que c’est une femme de gauche convaincue, outrée par la realpolitik menée par le gouvernement Peres. Dans l’article, elle critique vertement les décisions prises, aussi bien au sujet de la question palestinienne que dans le domaine social. On retrouve dans ce dernier secteur les reproches que peut adresser en France la gauche trotskyste au bilan du gouvernement Jospin.
 
                "Le vote blanc est une arme politique"

En 1996, donc, elle ne veut plus voter pour le Parti travailliste, aussi détestable soit son adversaire, le Likoud. Et elle n’est pas seule à partager ce rejet . Or, la situation de tension permanente aidant, le système électoral israélien a abouti pour l’élection du Premier ministre, de façon encore officieuse en 1996, au bipartisme. Il ne reste ainsi à Tanya et à tous ceux qui ressentent la même frustration que de voter blanc. Peres obtient que les autres partis de gauche (Meretz, Haddash, Arab Democratic Party) présents à la Knesset le soutiennent mais la gauche non parlementaire, elle, appelle à voter blanc. Elle est très déterminée ; Tanya Reinhart écrit : “L’idée derrière cette ligne de résistance est que le vote blanc est une arme politique.(...) Moralement, un tel vote est une déclaration que le gouvernement, tout gouvernement, devra rendre compte de ses crimes .” Pour elle, le vote blanc est une politique de stratégie à long terme. Les dirigeants de gauche doivent savoir, quand ils sont au pouvoir, que le vote des électeurs de gauche ne leur est pas acquis d’office et ils n’hésiteront pas à les faire perdre s’ils trahissent leurs engagements. Tanya Reyn-hart affirme sans scrupule - et se réjouit dans cet article - que c’est la gauche qui a fait perdre Peres.

La gauche parlementaire, selon elle, a employé les grands moyens pour dissuader les électeurs d’emprunter la voie du vote blanc. Le journal “Haaretz”, qu’elle compare au “New-York Times”, publie de nombreux articles dénonçant les aventuriers du vote blanc. L’appel au vote blanc est comparé au refus du Parti communiste allemand de ne pas coopérer avec le Parti social démocrate en 1933. Ce genre de rapprochement hâtif est également pratiqué en France. Quant à l’argument suivant, nous le connaissons bien: “En politique, on n’exprime pas des émotions, mais on fait des choix politiques réalistes

 

                                       Trafics électoraux

 

Malgrè tout, le nombre de bulletins blancs a été élevé. Le jour de l’élection, dans l’isoloir, l’électeur dépose deux enveloppes, l’une dans laquelle il choisit un parti pour la Knesset – et là le pluralisme est de mise – et une seconde dans laquelle il désigne le candidat qu’il veut voir devenir Premier ministre. La législative n’a enregistré que 67 000 bulletins blancs alors que pour le chef du gouvernement on en a dénombré 148 000, soit 5% des votants, contre 1% seulement lors de l’élection précédente du même type. Suit un compte d’apothicaire pour savoir qui sont exactement ces électeurs “blancs”. Au passage, on apprend qu’un bulletin annoté est considéré blanc. Tanya Reinhart prend l’exemple d’un soldat qui a écrit: “Peres et Netanyahu sont tous les deux mauvais pour les Catamons” (population pauvre des environs de Jérusalem) . Après ce combat de chiffres, l’auteur en arrive à la conclusion que Peres n’avait besoin que de 30 000 voix pour être réélu et qu’une très grande majorité du vote blanc est venue d’électeurs de gauche mécontents.

L’arme “blanche” aurait donc frappé et la stratégie du vote blanc commencerait à prodiguer ses effets. Mais une décision du gouvernement à la veille de ces élections a gâché la fête. Le vote blanc a été retiré des suffrages exprimés et ne participe plus à la détermination du seuil de 50% nécessaire pour être élu. Or, si on les avait comptabilisés en 1996, Benjamin Netanyahu serait resté en deçà de ce seuil.

***

En janvier 2001, Tanya Reinhart revient à la charge. Cette fois, il est écrit qu’une partie du texte a été publiée en hébreux dans le jour-nal “Yediot Aharonot ”. Le système bipartiste s’est alourdi. En 1999, ce sont de “massives pressions ” qui ont abouti à ce choix restreint, mais en 2001 il semblerait que la présence de deux partis seulement soit devenue officielle. La colère de T. Reinhart gronde: “Avec une seule loi arbitraire, le principe le plus essentiel soustendant le système électoral – que la majorité absolue soit nécessaire pour gagner dès le premier tour – a simplement disparu. ” D’autant plus que la politique du Parti travailliste déplaît de plus en plus à l’auteur. La suite de l’article est consacrée à la condamnation de la politique prônée par Ehoud Barak. Il sera battu par Ariel Sharon mais entrera dans son gouvernement.

Puis il y eut 2003 et la victoire à l’arrachée d’Ariel Sharon. Mais rien en provenance de Tanya Reinhart. En revanche, à la veille de cette échéance électorale, un autre personnage, Hillel Schocken, architecte, fait part de son amertume sur Haaretz.com : “En faveur du vote blanc ”. (Haaretz est le journal que T. Reinhart accusait en 1996 de n’avoir publié que des prises de position contre le vote blanc ; les temps changent...). Je ne résiste pas au plaisir d’en traduire une partie.

 

                        Candide dans un bureau de vote

 

« L’homme politique d’expérience Benjamin Ben-Eliezer siégea dans le gouvernement d’unité nationale, qui engagea le pays dans une crise politique, économique et sociale sans précédent. (...)

Quand le Premier ministre Ariel Sharon désigna Shaul Mofaz à sa place, Ben-Eliezer contesta cette nomination parce que Mofaz manquait d’expérience. Il employa exactement le même argument pour commenter l’échec de la candidature au poste de Premier ministre d’Amram Mitzna. Selon lui, les nouveaux venus en politique devraient éviter de se mêler au jeu politique. Le prolongement de cet argument amènera tout naturellement à la conclusion que beaucoup d’électeurs ont en fait atteint: que comme ils sont des nouveaux venus en politique, il ne comprennent pas la chose politique et par conséquent, ils doivent lais-ser la campagne électorale aux membres du club fermé des hommes politiques d’expérience.

 

Comme nouveau venu en politique, et quoique je ne partage pas les idées de Ben-Eliezer, j’ai décidé cette fois d’être en accord avec sa logique. Dans les élections à venir, je déposerai dans l’urne une enveloppe contenant un bulletin blanc. En tant qu’électeur naïf, je pense que le vote blanc a une bonne chance d’apporter un changement significatif à notre triste situation.

Déposer un vote blanc, c’est comme réaliser plusieurs résultats souhaitables. Tout d’abord, cela démontrera ma loyauté, comme homme de gauche, au leadership du chef de la gauche, qui affirme que puisque je manque d’expérience politique, je ne comprends pas grand chose à la politique et de ce fait mon vote pour la gauche ou pour la droite est un acte insensé, reposant sur un manque de compréhension.

Deuxièmement, et maintenant avec le plus grand sérieux, les bulletins blancs déposés par beaucoup d’électeurs de gauche, comme moi, aboutiront à la destruction finale du parti travailliste et à sa disparition de la carte politique. Le parti travailliste n’est plus depuis longtemps l’alternative idéologique à la droite puisqu’il n’a pas d’idéologie, comme il l’a prouvé quand il a siégé dans le gouvernement d’unité nationale. Le seul travail qu’il lui reste encore est de servir de plateforme qui portera des activistes (ayant de l’expérience politique bien sûr) au gouvernement à la moindre occasion, quand le public décide de sanctionner les leaders de la droite suite à un échec ou à autre chose.

Troisièmement, le vote blanc nous donnera enfin une droite stable et forte. Une telle coalition sera capable de porter avec succès l’idéologie de la droite, dont l’essence même a longtemps été incarnée par l’aimable et déterminé grand-père, Arik “roi d’Israël ” [ !? NDT]. La droite sera capable de poursuivre le rêve de l’Etat palestinien en Jordanie, par le transfert volontaire des Arabes israéliens là.

(...)

Les vrais hommes de gauche sauront qu’en déposant un bulletin blanc et en mettant fin au parti qui prétend nous représenter, ils aboutiront à deux choses : l’échec de la droite, d’ici peu de temps, pour résoudre le problème palestinien, et la fondation d’un mouvement de gauche authentique composé de “nouveaux venus en politique ”, qui réhabiliteront la gauche traditionnelle et “expérimentée ”.

(...)

Jusqu’à ce que nous ayons un leader qui n’a pas peur de prendre le risque de ne pas être élu immédiatement, et qui nous dira la vérité, une vérité qui permettra de faire changer d’avis ceux qui votent à droite, je continuerai de voter blanc. »


 


Date de création : 06.08.2006 @ 13:32
Dernière modification : 31.05.2011 @ 23:28
Catégorie : - Le vote blanc à l'étranger
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