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En ce 30 janvier 2003, pour la première fois une concession est faite au vote blanc. Certes microscopique, insuffisante, mais c’est une première. Au Sénat, en février 2001, les défenseurs du vote blanc s’étaient liquéfiés et leurs adversaires étaient sortis grand vainqueurs. Cette fois-ci, malgré les critiques totalement opposées au vote blanc formulées par certains participants et après avoir lui-même fait les réserves d’usage sur la prise en compte des bulletins blancs, le représentant du gouvernement, Jean-François Copé, chargé des relations avec le Parlement soutient un verdict positif pour le vote blanc. Ce sont les députés UMP qui ont joué aux mauvais politiciens. Ils vont détourner le contenu de la proposition de loi du groupe UDF demandant d’intégrer les bulletins blancs dans la catégorie des suffrages exprimés pour ne faire voter qu’une simple comptabilisation, sans autre effet, desdits votes. Guy Geoffroy, président de la commission, Pascal Clément, président du groupe UMP – qui s’était prononcé en faveur du vote blanc dans un article de Libération quelques semaines plus tôt – tournent leur veste pour obéir aux ordres du gouvernement mais ne veulent pas se contredire complètement ni mettre en porte-à-faux les députés RPR qui avaient par le passé déposé une proposition en ce sens – notamment Thierry Mariani. LE GOUVERNEMENT FLATTE LE VOTE BLANC Il est temps d’entrer dans le contenu des échanges pour constater que si l’opposition classique ne sort pas véritablement ébranlée, le vote blanc a conquis certains satisfécits. On retrouve d’ailleurs ces deux facettes du débat chez Jean-François Copé qui, en grand professionnel de la politique, sait ménager la chèvre et le chou. Après avoir récité l’argumentaire standard que ses collaborateurs ont trouvé dans un tiroir du ministère de l’intérieur, il rajoute un paragraphe inédit qui prépare l’adoption de la proposition remodelée par les siens. Et ainsi, on a le plaisird’entendre, au sujet de l’augmentation du nombre de bulletins blancs depuis dix ans : « Ce phénomène nouveau est analysé par les spécialistes comme une ‘abstention participative’ ou une abstention civique .» On est loin du vote blanc décrit comme un vote blanc négatif. Les électeurs ‘blanc’ ne sont plus, eux-mêmes, des ruraux écrasés par la pression sociale : « Les zones géographiques de forte abstention ne sont pas nécessairement celles ou la proportion de bulletins blancs et nuls est élevé. [Cela ressemble beaucoup à notre analyse, voir l’article ‘La répartition du vote blanc (...) 1981-aujourd'hui' dans la rubrique 'Analyses sur le vote blanc'.] Il y a donc bien des comportements électoraux propres au vote blanc, qui n’est pas l’expression de gens indécis, indifférents ou sans opinion, et qui ne doit pas être non plus confondu avec les erreurs matérielles volontaires ou involontaires, qui caractérisent le vote nul. Le message formulé par des citoyens qui se sont déplacés pour accomplir leur devoir électoral ne peut être considéré comme négligeable. » Plus tard, le même homme tempère notre enthousiasme. Le vote blanc n’est pas un « vote négligeable » mais il n’a pas la même qualité qu’un bulletin portant le nom d’un candidat : « Toutefois une élection démocratique n’est pas une simple mesure de l’opinion : un scrutin n’est pas un sondage. On ne vote pas pour soi, mais dans l’intérêt de la société. » Il faudra nous expliquer en quoi quelqu’un qui vote pour un candidat parce que celui-ci est contre l’impôt sur la fortune ou promet de faire baisser la délinquance ne choisit pas en fonction d’un intérêt immédiat et personnel. Il ne se soucie pas forcément de l’intérêt plus général de la société qui touche moins directement son quotidien. Ainsi nous ne sommes pas dupes du discours de J.-F. Copé. C’est un homme politique jeune mais aux idées anciennes. Il reste encore dans la certitude que les partis politiques sont indispensables, infaillibles et qu’une erreur de leur part est toujours préférable à l’expression libre d’un électeur isolé. Il rejette l’amendement demandant le dépôt de bulletins blancs dans les bureaux de vote parce qu’il ne veut pas encourager les électeurs à voter blanc « d’autant que les enquêtes d’opinion nous enseignent qu’ils sont de plus en plus nombreux à ne pas avoir arrêté leur choix la veille du scrutin. » J-F. Copé n’hésite pas à se contredire. Si aujourd’hui ces électeurs qui choisissent dans l’isoloir ne votent pas blanc parce qu’aucun bulletin blanc n’est mis à leur disposition, que mettent-ils dans l’enveloppe ? Le bulletin d’un candidat. Cela veut donc dire que beaucoup de voix portées sur des candidats aujourd’hui n’ont pas pour but l’intérêt de la société mais sont nées de l’indécision. Il faudra que les adversaires du vote blanc arrêtent de vouloir donner un sens à chaque bulletin parce qu’ils se transforment alors en Elisabeth Teissier et tombent dans le ridicule. Nous préférons dire que la force du suffrage universel est de compter toute voix déposée dans l’urne comme valable et égale aux autres et qu’il faut se dispenser de vouloir la coucher sur un divan. Cette remarque du représentant de l’Etat nous fait revoir d’un autre oeil son passage favorable au vote blanc. Et, en effet, on constate que, selon lui, le vote blanc est digne quand il est l’émanation des partis : « Le vote blanc et nul reste largement motivé par les consignes de vote exprimées par des formations politiques. Il s’explique par le refus du caractère ressenti comme plébiscitaire du référendum, le refus de choisir dans le cadre de scrutins présidentiels – 1969, 1995, 2002 – ou l’hostilité envers une politique dans le cadre d’élections législatives – 1993 et 1997. » L’URNE, BOITE DE PANDORE Si donc il ne faut pas s’illusionner sur la mutation des mentalités de la classe politique, il faut apprécier la nouveauté. Jacques Brunhes, député communiste, et Emile Zucarelli, radical de gauche, ont développé un discours anti vote blanc pur sucre. Le vote final leur a donné tort, ce qui est appréciable et inédit. Le deuxième cité s’est écrié sur la fin : « Ne laissez pas libre expression à la population, ça peut être dangereux pour nous. » Il aurait pu commencer en s’écriant : « Empêchez Prométhée de nous voler le feu, il veut rendre le peuple nos égaux ! » Si personne ne lui a répondu directement, la réponse se trouve tout de même transcrite dans le compte-rendu de la séance. C’est Pierre Albertini, le maire de Rouen, qui l’a formulée : « Il y a une différence entre la résignation des représentants et la légitimité de leur action, comme l’ont bien montré les travaux de Paul Ricoeur, d’Alain Touraine et bien d’autres. Il en ressort que la démocratie n’est pas seulement un ‘meccano’ institutionnel, un procédé de répartition des pouvoirs dans les sociétés modernes : c’est une valeur, un combat de tous les instants pour que nos concitoyens se sentent acteurs et pas seulement spectateurs (...) Un élu ne doit pas avoir peur du suffrage universel : s’il s’engage devant ses concitoyens, c’est qu’il en accepte par avance le verdict. » Le groupe UDF a développé des arguments de fond dans un cadre institutionnel et cela aussi est nouveau. Mais comme on attend toujours plus, on eut aimé plus de résistance. Le début des débats l’avait laissé espéré : Gérard Vignoble, rapporteur UDF de la proposition de loi : « J’ai vécu, mardi matin, la discussion sur le statut des infirmières, j’ai vécu aussi les différentes étapes de l’examen de la présente proposition en commission des lois. Je tiens à protester contre le mépris qui a été opposé à l’une comme à l’autre initiative du groupe UDF, la seconde proposition ayant été vidée dès le début de tout son sens par l’adoption d’un amendement. Guy Geoffroy, président de la commission des lois : La majorité n’aurait-elle pas le droit d’amendement ? G. V. : Si, mais en respectant au moins les idées des autres. » Puis, le groupe UDF va adopter le ton de la dignité offensée, ce qui peut être loué mais qui, pour un sujet qui n’aura pas souvent l’occasion d’être débattu à un tel échelon, est dommage. Les députés UDF ne participent pas au vote final.
Vidéo INA.fr- UDF: proposition de loi sur le vote blanc
Date de création : 29.08.2006 @ 20:27
Dernière modification : 24.08.2009 @ 21:23
Catégorie : Le monde politique et le vote blanc
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